Sans rancune

* Article publié le 12 décembre 2014, sur le blog emotionsinvitro.com *

Avant d’être auteure sur ce blog, j’ai publié sur mon blogue personnel, un billet s’intitulant «Bye Bye Espoir. Bonjour Loi 20.». Suite à cette publication, j’ai eu beaucoup de témoignages touchants de gens de mon entourage qui vivent aussi l’infertilité. J’ai aussi eu de bons mots remplis de compassion et d’espoir. Et j’en ai aussi eu, un peu plus maladroits, nous racontant les histoires de X et Y qui ont réussi à avoir un enfant en arrêtant les traitements, ou en abandonnant l’idée d’avoir un enfant, etc.

Pour vous mettre en contexte, mon mari et moi, on a fait une folie dernièrement. Nous nous sommes achetés une maison sur un coup de tête. Une belle maison sur le bord de l’eau avec une fenestration à couper le souffle. Un vrai coup de coeur. Évidemment, cette maison n’est pas à Montréal. Après 12 ans dans la métropole pour moi, c’est un grand retour aux sources. La campagne, la nature, l’air salin. Nous nous sommes dit que ce serait un endroit parfait pour élever nos futurs enfants.

Joie. Peur.

Ce n’est pas notre coup de (cœur) tête qui m’effraie. Ce sont plutôt les traitements d’infertilité que l’on est en train de suivre. Mettons que j’y ai mis beaucoup d’espoir. Beaucoup. Tellement que je me vois enceinte jusqu’aux oreilles quand nous déménagerons en juillet prochain. Sauf qu’avec le débat sur le projet de loi 20 qui fait rage en ce moment, j’ai encore plus peur. Premièrement, je n’aurai plus les moyens de me payer une FIV avant de partir puisque je viens de m’endetter pour une maison, que l’on a acheté en vue d’y voir grandir notre famille. Et deuxièmement, lors de mes derniers rendez-vous chez Ovo pour ma première insémination, on m’a dit que je faisais de l’endométriose. Chose qui n’avait pas été diagnostiquée lors de mes précédents examens. À lire toutes les histoires de ces couples qui ont recourt à la FIV, j’ai peur qu’une ne me soit pas suffisante, surtout avec ce diagnostic. Je vais manquer de temps.

Pour en revenir aux témoignages, l’annonce de notre imminent déménagement avait déjà été fait avant qu’on annonce les coupures et que j’écrive mon billet sur le sujet. Parmi ces gentilles attentions, plusieurs m’ont dit que l’air salin nous sera sûrement favorable, que cet environnement plus naturel et moins stressant portera ses fruits et je deviendrai la mère d’une grande famille.

Ah oui ? 

Je saisis l’incompréhension et surtout, la bonne foi de ces gens. Sauf qu’aujourd’hui, j’ai envie de les éduquer un peu plus sur le sujet. J’ai envie de faire savoir aux gens que l’infertilité n’est pas toujours une histoire de stress, d’environnement, d’entêtement, de «pas le bon moment», etc. Non ! C’est souvent, très souvent, une CONDITION MÉDICALE ! À ce que je sache, vous n’êtes pas mon docteur. Alors, pourquoi me dites-vous que mon déménagement va régler mes problèmes d’endométrioses, mes kystes ovariens, mon taux d’hormones trop bas pour une femme de 32 ans, les varicocèles de mon mari ? L’air salin c’est bien, mais ce n’est pas miraculeux.

J’aimerais que les gens cessent de croire que l’infertilité est un caprice et que chaque histoire est pareil. La santé physique, c’est unique à chaque personne. Certains combattent le cancer, d’autres en meurent. Tant mieux si votre voisine Chantale a réussi à tomber enceinte après ses traitements. Tant mieux si votre cousine Caroline a réussi à arrêter d’y penser et qu’elle est maintenant maman. Je suis très contente pour elles. Mais s’il vous plaît, cessez de jouer à mon médecin et de me dire que tout se règlera par magie dans ma «future vie». Demandez à une personne atteinte du cancer de cesser d’y penser et de rester positive car ce n’est qu’avec cela qu’elle vaincra la maladie. Oui, ça aide. Ça aide au moral. Mais ce sont principalement les traitements de chimiothérapie ou de radiothérapie qui pourront aider son corps à guérir.  Dans mon cas, ce sont les traitements du programme de procréation médical assistée qui me permettent de garder espoir d’avoir un enfant.

Malgré tout ça, c’est certain que je rêve que vous avez raison ! Cette maison ne sera pas la maison de mes rêves si elle n’habite pas au moins un de mes enfants. Je n’ai pas envie que l’air salin soigne le deuil que j’aurai à faire d’une famille que je n’aurai jamais.

* * *

À mes amis proches et moins proches qui m’ont fait part de ce genre de conseil, merci de ne pas le prendre personnel. Je ne doute aucunement de vos bonnes intentions. J’apprécie que vous ayez pris le temps de m’écrire un mot. Mais c’est une situation que tous les couples infertiles vivent, le plus souvent dans l’ombre. C’est encore tabou pour plusieurs et plus nous allons en parler, plus ça aidera les gens à nous comprendre. Sans rancune. Je vous aime, t’sais. 

* * *

Et tant qu’à être là, pourquoi ne pas vous demandez de soutenir tous ces couples dans le même bateau. Un jour, ce sera peut-être votre meilleur/e ami/e, votre fils/fille, votre petite fils/fille, votre cousin/e, qui auront besoin de ce programme pour agrandir la famille. Visitez le microsite que mon mari et moi avons conçu pour garder espoir : http://vagueespoir.com/ . En plus de pouvoir affichez vos couleurs, vous trouverez plusieurs autres moyens pour vous impliquer ainsi que de l’information sur ce projet de loi 20. Merci. #VagueEspoir

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